Patrick Sayer

J’ai 62 ans et si je dois résumer mon parcours, je dirais qu’après avoir réalisé mes études (X, Mines de Paris), je n’ai connu que 2 employeurs dans ma carrière : la banque Lazard d’abord (où je fus l’un des artisans des opérations financières réalisées, puis l’associé responsable globalement du pôle technologie et média) ; Eurazeo ensuite, l’une des principales sociétés d’investissement européennes, que j’ai dirigée de 2002 à 2018, la portant de 3 à 20 milliards d’euros d’actifs gérés.

J’ai rencontré plusieurs fois le Groupe Lagardère dans mon parcours :

  • Dès 2002, alors que je connaissais déjà le monde de l’édition pour avoir été via Eurazéo actionnaire du groupe anglais Pearson, je me suis intéressé aux activités d’édition du groupe Vivendi ; j’étais notamment convaincu de la nécessité de maintenir l’ancrage européen de Vivendi Universal Publishing à la puissance mondiale, et dont les maisons d’édition, tant littéraires qu’éducatives, sans avoir la puissance d’Hachette, étaient largement reconnues tant des auteurs que d’un large public ; j’ai d’ailleurs rencontré plusieurs fois Arnaud Lagardère à cette époque pour envisager une alliance possible, avant que le Groupe Lagardère ne fasse cavalier seul en ne rachetant que les activités européennes.
  • Puis, toujours chez Eurazeo, j’ai noué différents contacts avec Lagardère, ses collaborateurs ou conseils, lesquels visaient :

o à racheter différents actifs mis en vente par le Groupe Lagardère, qu’il s’agisse de sa participation dans EADS, de ses magazines, ou de l’essentiel des activités d’édition déjà évoquées, Lagardère ayant été empêché par la Commission Européenne ;

o à envisager les termes d’une fusion possible entre les deux sociétés ;

o à examiner l’intérêt préemptif d’Hachette pour l’éditeur de jeux Asmodée, mis en vente par Eurazeo et dont le métier paraissait complémentaire pour le management d’Hachette.

Par ailleurs, le métier du travel retail ne m’est pas étranger, puisqu’Eurazeo était actionnaire de Planet Payments, le 2ème acteur mondial du transaction processing dans le secteur du duty free.

De fait, mon intérêt pour les métiers du Groupe Lagardère ne s’est jamais démenti depuis 20 ans.

Les années que j’ai passées à la direction d’Eurazeo m’ont convaincues d’un modèle simple de gouvernance des filiales d’un groupe qui passe par une large autonomie, des moyens mis à la disposition de celles-ci et de la nécessité de disposer d’une direction centrale légère qui ne doit pas alourdir les fonctions des filiales ; également la nécessité de mettre la stratégie des filiales au centre et non pas à la périphérie de l’intérêt du groupe ; enfin et surtout, de faire réellement confiance aux hommes et aux femmes qui les composent, en leur permettant de donner le meilleur d’eux ou d’elles-mêmes, avec des systèmes de rémunération réellement incitatifs qui reposent notamment sur leur seule performance ; ce sont de tels concepts qui ont été par exemple mis en œuvre dans le cadre du groupe Accor depuis 2008 et qui ont permis le développement harmonieux tant d’Edenred que d’Accor, le recours à la combinaison d’opérations financières de type cession partielles ou scission allant nécessairement de pair avec une stratégie adaptée et une excellence opérationnelle. Comme chez Eurazeo où j’ai mis en place une direction de la transformation digitale au bénéfice des filiales, je suis convaincu de la nécessité d’accélérer davantage la mutation des métiers du groupe pour répondre aux défis de notre nouveau millénaire.